Je vis en milieu rural. Ma pratique se nourrit essentiellement de ce que ces lieux m’apportent. J’explore des fragments de bocage intacts où l’on peut voir et entendre les paysages, les espèces qui les peuplent et les dessinent, sentir comment le corps s’y déplace.
J’ai toujours recherché l’élan activé par les espaces ouverts. J’expérimente, compile les observations, glane et collecte. De retour dans l’atelier, je retranscris les rencontres, la valse des buses, le bond du lièvre… et les sensations éprouvées dans ces écosystèmes mouvants.
M’accompagnent dans ce parcours, pour ne citer que des modernes, Alexander Calder, Joseph Beuys, Louise Bourgeois, William Kentridge, Paula Rego, Kiki Smith, les marches d’Hamish Fulton, les artistes de l’Arte Povera… De ces rêveries naissent des cortèges ; bêtes, créatures, masques, bannières, et bâtons fleuris, «œuvres- attentions », chants résistants inspirés de la pensée de C Lévi Strauss, de ses héritiers.res et des cultures qu’ils ont su et s’emploient à remettre à l’honneur : « … la pensée sauvage et non la pensée des sauvages, la pensée à l’état sauvage florissant dans tout esprit d’homme contemporain ou ancien, proche ou lointain tant qu’elle n’est pas cultivée et domestiquée pour accroître son rendement… ».
« … voilà la particularité des cortèges de Nine Geslin, il y est plus question d’entités que d’humain.es, et chacune de ces entités, vivant.es ou non, danseuse ou masque, louve ou bâtons, se rallient pour former un ensemble dont peut être le premier dessein n’est pas d’honorer ou de manifester quoique ce soit mais juste d’être contiguë, d’être en contact les uns, les unes avec les autres et avec les écosystèmes. Les corps qui se touchent comme autant de liens qui soutiennent, soignent et permettent de déployer des stratégies de l’empathie pour chacune des présences en marche… »
Johanna Rocard